Un expert-comptable qui part à la retraite, ça n’arrive jamais au bon moment. Le dossier doit changer de mains, et avec lui des années de balance, de déclarations, de fichiers numériques. Beaucoup de dirigeants découvrent la procédure au dernier moment, quand le successeur ouvre les tiroirs. Pourtant, la reprise de dossiers entre confrères suit des règles écrites, prévues par l’article 163 du Code de déontologie des experts-comptables. Les connaître change la façon de préparer le passage, surtout du côté des données chiffrées.
Ce que dit vraiment l’article 163 du Code de déontologie
L’article 163 du Code de déontologie des experts-comptables figure dans le décret n° 2012-432 du 30 mars 2012. C’est le texte qui encadre les reprises de dossiers entre confrères, et il ne s’applique pas qu’aux experts-comptables libéraux.
Les sociétés d’expertise comptable et les associations de gestion et de comptabilité (AGC) y sont soumises aussi. Autrement dit, quand un cabinet ferme ses portes ou quand un associé raccroche, tout le monde n’a pas les mêmes marges de manœuvre : la procédure doit passer par une information du confrère précédent, pas par un simple transfert de fichiers entre deux bureaux.
Ce détail a son importance. Un client mécontent qui part chez le voisin sans prévenir personne ne déclenche pas une reprise de dossiers au sens de l’article 163. La reprise suppose l’arrêt d’activité d’un professionnel, comme un départ à la retraite, une cessation, une succession.
Les deux cabinets se parlent, l’ancien remet ce qu’il doit remettre. Bon, ça peut sembler lourd quand on est pressé de tourner la page, mais c’est justement ce cadre qui évite qu’un client se retrouve sans FEC valide pendant six mois.
Les cas où le texte ne joue pas
Deux exceptions méritent d’être connues avant de monter un dossier de transmission. La première concerne les missions dont la durée est limitée par la loi : les interventions auprès du comité social et économique entrent dans cette catégorie, et elles ne suivent pas le circuit habituel.
La seconde vise les missions ponctuelles confiées par un client qui travaille déjà avec un expert-comptable, par exemple une mission d’évaluation. Dans ces deux situations, l’article 163 ne s’applique pas, et le nouvel intervenant n’a pas à passer par la case reprise de dossiers.
Ça vaut la peine de relire le périmètre de sa propre mission avant de s’inquiéter, parce que tout ce qui ressemble à un transfert n’en est pas un. Un chef d’entreprise qui reçoit un évaluateur externe pendant que son comptable historique lui prépare la liasse n’est pas en train de changer de cabinet.
Préparer les données numériques avant le départ
C’est là que le bât blesse le plus souvent. Les dossiers papier se rangent, se transmettent, se classent. Les données informatiques, elles, dorment dans des logiciels que personne d’autre ne sait ouvrir, des exports dont on a perdu la nomenclature, des sauvegardes qui remontent à trois exercices.
L’Ordre des experts-comptables a publié un guide pratique sur la procédure de reprise de dossiers entre confrères, disponible sur BibliOrdre, et ce document liste noir sur blanc ce qui doit changer de mains. Le Fichier des Écritures Comptables, plus connu sous le sigle FEC, y figure comme l’une des données informatisées du client à transmettre. Ce n’est pas un détail administratif.
Le FEC, c’est le fichier que l’administration peut réclamer à tout moment lors d’un contrôle. Un dossier qui change de cabinet sans FEC exploitable oblige le repreneur à reconstruire les écritures à partir des sources d’origine. Le temps passé sur ce chantier se facture, quelque part, et le client finit par le payer. Anticiper la sortie du FEC, c’est éviter cette facture invisible.

Ce qu’il faut sortir du ou des logiciels avant la remise des clés
Un inventaire précis se prépare plusieurs mois avant la cessation d’activité, pas la veille du départ. Il ne s’agit pas de tout donner dans le désordre, mais de suivre l’ordre logique d’un dossier comptable. Voilà comment on s’y prend concrètement :
- Exporter le FEC sur chaque exercice non prescrit, en vérifiant que les écritures s’ouvrent correctement dans un tableur neutre.
- Les balances, grands livres et journaux, dans un format lisible par le nouveau cabinet.
- Où sont archivées les pièces justificatives, et sous quelle forme ?
- Les accès aux plateformes de télédéclaration, aux comptes bancaires en ligne et à la banque de données fiscales.
- Un document de synthèse qui explique la nomenclature du logiciel, les codes utilisés, les particularités du dossier.
Cette liste n’a rien d’un pensum administratif, elle évite au repreneur de passer ses premières semaines à décoder des conventions qu’il n’a pas choisies. Le guide de l’Ordre va dans ce sens, et les cabinets qui l’ont appliqué sérieusement constatent une différence nette sur le délai de reprise.
Il reste un aspect qu’on oublie presque toujours : le client lui-même. Ses propres outils numériques (sa comptabilité interne, ses exports de facturation, ses connexions bancaires) doivent être à jour au moment du passage, sinon le nouveau cabinet hérite d’un dossier à moitié vide.
Une note d’information claire, remise trois ou quatre semaines avant la date butoir, règle souvent la question. Certains cabinets vont plus loin et proposent un accompagnement dédié à la transmission de portefeuille, comme celui présenté sur iprospects.fr, pour ne rien laisser au hasard.
Le calendrier réel d’une transmission réussie
Sur le papier, une reprise de dossier demande quelques semaines. Dans les faits, comptez plus. La première étape consiste à informer le confrère qui reprend le portefeuille, conformément à l’article 163, et à fixer ensemble le périmètre exact des dossiers repris.
Vient ensuite la remise des données, puis une période de questions-réponses pendant laquelle l’ancien reste joignable. C’est cette dernière phase que les cabinets négligent, alors qu’elle évite au repreneur de mal interpréter un compte d’attente ou une provision laissée en suspens.
Un départ à la retraite se prépare souvent un an à l’avance. C’est court pour un cabinet qui gère des dizaines de clients. Le risque, si on attend les trois derniers mois, c’est de remettre un dossier incomplet et de laisser le nouveau professionnel se débrouiller avec des fichiers partiels. La réputation du cabinet sortant se joue là, dans ces détails que personne ne verra sauf le confrère qui reprend le flambeau.
Une passation bien préparée se ressent des années après
Le départ d’un comptable à la retraite n’est jamais une simple formalité. C’est un moment où se croisent une obligation déontologique, des fichiers techniques et une relation de confiance construite sur des années. L’article 163 pose le cadre, le guide de l’Ordre précise la méthode, le FEC rappelle que la comptabilité d’aujourd’hui est numérique avant d’être papier.
Un dirigeant qui s’y prend tôt, qui pose les bonnes questions à son cabinet actuel et qui vérifie que les données sortent dans un format exploitable, traverse la transition sans perdre de vue ses propres échéances. Combien de transmissions se sont mal passées, simplement parce que personne n’avait osé demander ce qui se trouvait réellement dans les sauvegardes ?
